Entretien avec Michel Jermann, président du festival des Sacrées Journées

PUBLIÉ LE 1 juin 2021à 10:56:59 par sac_mar

Bonjour Michel Jermann, je suis ravie de vous rencontrer pour évoquer avec vous la 9e édition du festival des Sacrées Journées qui va avoir lieu du 12 au 20 juin prochain. Pour commencer notre entretien, pouvez-vous revenir sur la vocation première de ce festival ?

Ce festival a pour vocation de valoriser toutes les musiques sacrées et d’inviter le public à découvrir cette réalité d’un vivre-ensemble porté par la musique. Ce vivre-ensemble se manifeste par l’invitation de personnes issues de spiritualités et de religions différentes au sein de lieux de culte tels que la cathédrale de Strasbourg, l’église du Temple Neuf, la grande synagogue, la grande mosquée, etc. Le principe qui constitue la base de ce festival consiste à faire participer trois ensembles illustrant trois confessions au sein d’un même lieu de culte.

C’est un festival qui se veut interreligieux, interculturel, international, mais aussi intergénérationnel. Qui provoque une rencontre avec l’autre venant parfois de l’autre côté de la planète et qui nous offre, l’espace d’un moment, un horizon de sons et d’appréhension de la spiritualité propre à nous interpeller, à nous toucher.  La rencontre des genres nous intéresse aussi : par exemple, l’année dernière, nous avons invité des médecine-man Amérindiens.  À côté de leur expression, il y a aussi de la place pour des musiques classiques comme Jean-Sébastien Bach. Nous avons aussi mis en place des ateliers qui permettent de s’initier à différents rituels pour aller vers une meilleure compréhension de l’autre. Dans ce cadre, cette année, nous proposons trois ateliers, dont une « conférence-dégustation » des polyphonies corses.

On peut voir à travers ce festival à quel point la musique est un langage universel…

Effectivement, la musique existe depuis l’origine du monde et même les hindous disent qu’un son primordial porte cette Terre. Ces musiques, comme la poésie par exemple, sont une manière de rentrer en relation avec les autres, mais aussi avec soi-même. Il y a comme une respiration à être à l’écoute de son émotion intérieure. C’est une invitation à être à l’écoute de son « for intérieur », ou de la « dimension de l’âme et de l’être ». C’est aussi cela, le festival, une rencontre avec soi-même…

Le festival rend hommage aux femmes lors de cette 9e édition, pourquoi ? 

Dans le passé, nous avons proposé des musiques sacrées qui ont porté sur la figure d’Hildegarde de Bingen. Il s’agit là d’une belle figure du Moyen-Âge, mais lorsque l’on regarde les siècles suivant l’univers musical, sont marqués par des figures masculines jusqu’à il y a peu de temps. Accueillir un chœur féminin pour chanter des polyphonies corses ou un ensemble de femmes pour vocaliser des chants diphoniques mongols, c’est une manière d’affirmer la force du chant et de la musique sacrée interprétée par des femmes.

Il propose aussi deux temps de rencontre avec des groupes scolaires :

Oui, ce souhait d’associer la jeunesse à ce festival est né après les attentats de Strasbourg en 2018. Il se trouve qu’un des bénévoles des Sacrées Journées, Bartek, faisait partie des victimes. Nous nous sommes demandé que resterait-il après le temps des protestations, des hommages, des silences et des prières ? Nous avons estimé qu’il était urgent de former des citoyens de demain. L’idée est donc née de permettre à des jeunes de rencontrer des artistes et des musiciens de divers univers culturels dans des lieux inhabituels tels que des lieux de culte. Cet évènement a été l’un des moteurs qui nous ont poussés à mettre en place ces rencontres des Sacrées Journées Juniors. Elles sont des temps forts d’ouverture à l’altérité et à la différence. Ils découvrent et rencontrent d’autres références musicales vers lesquelles ils n’oseraient pas s’ouvrir. C’est aussi, tout en découvrant ces musiques qu’ils ne connaissent pas , l’occasion d’entrer dans un lieu où ils ne sont souvent jamais allés. Cette année c’est la grande Mosquée et l’église Sainte Aurélie.

Quelques mots sur le spectacle « La controverse de Karakorum » ?

Depuis deux ans, nous proposons un spectacle lors de chaque édition. Cette année, il s’agit d’un spectacle qui a reçu le label UNESCO. Il raconte l’histoire de Frère Guillaume, franciscain missionné par Louis IX pour se rendre en Mongolie présenter une missive au Grand Khan de la cour de Karakorum.  Le souverain organise une controverse autour du thème : « Quelle est la plus importante des religions ? » Après de longs débats, ils se sont rendu compte que chacune avait des valeurs extraordinaires. Ils ont sorti leurs instruments de musique et ils ont joué ensemble. C’est de ce fait historique et magnifique datant du 11e siècle dont s’est nourri ce spectacle : « Controverse à Karakorum ».

Comment s’est passée la préparation de cette édition en temps de pandémie ?

Compte tenu de certaines difficultés à faire se déplacer des personnes de très loin, nous avons choisi de chercher et de soutenir des artistes qui représentent une palette internationale, mais qui vivent en France et dans l’espace européen. On peut dire qu’il s’agit là d’une réelle valorisation des personnes réfugiées qui, tout en vivant sur notre sol, travaillent à la manière de leur pays d’origine et permettent ainsi à un large public de pouvoir les écouter. Ensuite, bien entendu, nous sommes à l’écoute des règles sanitaires qui seront à mettre en vigueur…

 La 10e édition des Sacrées Journées aura lieu l’année prochaine ; vous y réfléchissez déjà ?

Oui, bien sûr ! Nous proposerons un concert dont les artistes auront été choisis par le fondateur du festival, Jean-Louis Hoffet, parmi tous les artistes qui sont venus ces dix dernières années. Et puis, je peux déjà vous dire que nous souhaitons faire une édition internationale…

Pour finir, pouvez-vous revenir sur un de vos plus beaux souvenirs dont les Sacrées Journées ont été porteuses ?

J’ai beaucoup de beaux souvenirs bien sûr ! Celui qui me vient en tête à l’instant même concerne des moines du Ladakh qui ont réalisé un mandala de sable dans la tradition bouddhiste tibétaine et avaient présenté des chants et des danses ancrés dans cette tradition. Ces personnes, qui étaient moines, repartaient vers leur lieu de vie dans les régions himalayennes. L’école où ils enseignaient se situe de l’autre côté du monde, dans un style de vie très humble. J’étais très touché de voir qu’ils étaient venus jusqu’à nous, pour partager leur culture. Je pensais à ces enfants qui verraient les photos du concert, de l’église Saint-Thomas et j’essayais d’imaginer comment ils nous regarderaient, avec leurs yeux d’enfants tibétains…

Un merci chaleureux à Michel Jermann pour cet entretien réalisé 15 jours avant le début des Sacrées Journées.

Lien : Sacrées Journées

 

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