Rencontre avec le président de la grande mosquée de Strasbourg

La grande mosquée de Strasbourg va fêter ses dix ans du 23 au 30 septembre 2022.  Quels sentiments cela vous inspire-t-il ?

Que le temps passe vite ! 10 ans déjà ! Je ressens surtout un sentiment de fierté :  en 10 ans, la mosquée a pris ses marques en devenant la plus importante institution musulmane de notre région. Les Musulmans en sont fiers et nos concitoyens l’ont adoptée.  Et puis surtout, cette mosquée a été réalisée en partenariat avec les collectivités locales, ce qui fait qu’il ne s’agit pas là d’un projet mené uniquement à l’adresse des Musulmans ; c’est un projet alsacien et strasbourgeois, que chaque citoyen peut s’approprier. Nous accueillons à la mosquée toute personne qui souhaite la visiter, croyants ou non-croyants. Elle est ouverte sur la cité.

C’est aussi un sentiment plaisant et rassurant que de voir qu’après ces 10 années, la jeunesse est désormais présente pour assurer le relai ; il y a eu, avant nous, une génération de bâtisseurs et nous allons d’ailleurs profiter de ce temps de fête pour leur rendre hommage. Aujourd’hui, il y a une jeune génération qui prend le relai et qui est en phase avec son temps. Nous comptons sur elle pour continuer le chemin.

Vous étiez présent à l’inauguration de la mosquée le 27 septembre 2012, quel est le moment qui vous a le plus marqué ?

Ce qui m’a le plus marqué, c’est de voir la diversité des personnes qui étaient présentes ou représentées, car nous avions manqué de place pour accueillir tout le monde. Il y avait beaucoup de responsables politiques et religieux.  La séquence la plus importante à mes yeux réside dans la parole commune portée par les cultes et exprimée par le grand rabbin Gutmann[1].  C’était un instant fort dans un moment aussi symbolique que celui-ci à savoir l’inauguration d’un lieu de culte musulman, le premier dans notre région.

Présider une mosquée en Alsace, c’est une chance ?

Je ne sais pas si nos amis des autres régions peuvent penser les choses différemment mais oui, nous avons de la chance d’être en Alsace. Ici, le rapport à la religion est paisible et nous n’avons pas le même type de rapports conflictuels que l’on peut trouver dans d’autres régions. Nous sommes évidemment parfois influencés par des histoires nationales, nous ne sommes pas à l’abri de ce qui se raconte dans les médias mais il n’en demeure pas moins que le citoyen d’ici vit un rapport serein avec les religions ; même s’il n’est pas croyant lui-même, même s’il n’est pas pratiquant, il n’y a pas d’hostilité flagrante. En Alsace, le réseau interreligieux est très puissant, c’est un levier très important sur lequel on peut s’appuyer. Le fait religieux est présent dans la cité, il est régulièrement invité dans le paysage sociétal et il est présent au sein de nos institutions, que ce soit à la Région Grand Est avec le Comité interreligieux auprès de la Région – ce qui est tout de même un phénomène exceptionnel dans une collectivité- , ou par le fait que des élus et des chargés de mission soient en charge de cette thématique au sein des trois collectivités territoriales : Ville, Collectivité Européenne d’Alsace et je viens de le mentionner, Région Grand Est.  Si nous ajoutons à cela la relation qui existe entre les différents cultes, on voit qu’il y a ce qu’il faut pour créer une ambiance fraternelle. Quand une communauté traverse une difficulté, tout le monde se met derrière et quand il y a des moments de joie, tout le monde est présent aussi.

Pour réaliser cette mosquée, nous avions le choix entre deux façons de faire : soit en achetant nous-même un terrain et en faisant les choses en restant renfermer dans notre communauté soit en sollicitant la société civile par la demande de l’obtention d’un bail emphytéotique.  C’est le choix que nous avons fait et ceci, comme je l’ai expliqué plus haut, pour que tous nos concitoyens puissent accompagner ce projet. Ici, les trois collectivités ont été présentes pour accompagner, puis pour subventionner la construction de ce que nous appelons « La grande mosquée de Strasbourg », ce qui est, je le redis, exceptionnel en France.  Lors du concours d’architecture, les élus de ces collectivités étaient représentés de même que les architectes et les services d’urbanisme municipaux ainsi que les représentants de cultes. Un des bureaux d’architecture avait proposé un projet très proche de ce que l’on peut voir dans un pays maghrébin et nous l’avons rejeté car, tout simplement, ce n’était pas un projet pour Strasbourg. Nous souhaitions un projet qui s’inspire un peu de l’architecture alsacienne, qui s’intègre parfaitement dans le paysage avoisinant et qui ne heurte pas l’œil.  Et puis il y avait eu la déclaration de 1998 des quatre cultes reconnus[2], qui a permis de convaincre les politiques que les musulmans avaient besoin d’un lieu de culte digne, qu’ils avaient le droit de l’avoir. Cet appui de la part des quatre cultes nous a rendu service à nous mais il a aussi facilité la prise de décision politique, les élus hésitant à s’aventurer dans ce premier projet de construction de mosquée. Je rappelle qu’au moment où il a été mis sur les rails, il n’y avait aucun antécédent ici et nous n’avions aucune expérience. Par le soutien des autres cultes, notre position s’est trouvée confortée. Tout ce climat-là rend notre région hors du commun. Je pense qu’elle devrait servir de laboratoire et de modèle pour le reste de la France mais malheureusement tout le monde ne l’entend pas de cette oreille. C’est dommage.

Comment voyez-vous l’avenir des citoyens français musulmans sur notre territoire ?

Les Musulmans présents sur notre territoire sont, pour la plupart, des citoyens français. Ils sont bien intégrés, la France est leur pays. Pourtant, de nos jours, un Musulman n’est pas systématiquement perçu comme un citoyen français de confession musulmane, on perçoit d’abord sa religion puis sa citoyenneté. C’est regrettable. La jeunesse d’aujourd’hui qui est issue de parents ou de grands-parents, voire d’arrières grands-parents émigrés, sont Français et fiers de l’être. Quand les jeunes vont dans leur pays d’origine pendant les vacances ou autre, ils se sentent comme des Français en vacances.  Ils ne parlent plus, pour la plupart d’entre eux, la langue du pays, bien que certains aient fait de cette double appartenance une vraie richesse.  Je pense qu’il est temps de cesser de renvoyer notre jeunesse à ses ancêtres, à ses origines et qu’il est temps de la traiter comme des citoyens à part entière.

Par ailleurs, la société traverse régulièrement des moments difficiles, des moments de crainte, d’interrogation, de doutes, et ces moment-là rejaillissent parfois sur la communauté musulmane. L’islam occupe aujourd’hui une partie importante dans le débat public et est souvent présent dans les débats de société. Je pense que l’islam a aujourd’hui passé le cap de l’interrogation quant à la nécessité de sa présence sur notre territoire, il est là, il fait partie du paysage. Bien sûr, cela revient amplement à la communauté musulmane d’organiser son champ religieux pour qu’il puisse être plus adapté et en phase avec la réalité. Nous connaissons quelques difficultés mais je crois qu’il y a assez de maturité chez les responsables musulmans, notamment religieux, et dans une grande partie de notre communauté, pour avoir une conscience vive du rôle que nous devons jouer dans l’amélioration de notre image qui est parfois encore trop négative. Ceci dit, il faut toutefois souligner que, par moment, nous subissons les répercussions de choses dont nous ne sommes pas responsables et qui nous mettent dans la situation de nous justifier pour des faits dont nous ne sommes pas à l’origine.

Cette notion d’Islam de France ou d’Islam en France, comment la comprenez-vous ?

Je comprends que l’islam doit s’adapter au contexte et qu’il le fait parfaitement. Si je mesure le chemin parcouru depuis les années 80 -car c’est à cette période-là que la première mosquée a été achetée à Strasbourg en 1982-, que je mesure le chemin parcouru jusqu’en 2012 -inauguration de la grande mosquée- et celui parcouru jusqu’à maintenant, je vois un chemin formidable durant lequel la communauté a évolué et a appris à vivre avec ses concitoyens. Je crois que l’Islam de France est là, dans sa maturité, dans son intégration, dans le sentiment d’aisance qui a grandi. Je comprends « l’Islam de France » comme un islam qui est en phase avec ses concitoyens, avec les valeurs de la République qui l’a accueilli. Je crois que c’est cela l’Islam de France et rien d’autre.

Il y a environ 2500 mosquées en France : est-ce que l’on peut lire, dans ce chiffre, une réponse positive de la part de la France dans son accueil de la communauté musulmane, même si cela a pris un certain temps ?  Finalement, on ne peut pas dire qu’il n’y ait pas eu d’accueil ?

Non, on ne peut pas le dire. Il est important de reconnaître les efforts faits par les pouvoirs publics. Et effectivement, le nombre de mosquée qui est à ce jour de 2500 à 3000 sur le territoire national montre qu’il y a eu un accompagnement des pouvoirs publics pour permettre aux citoyens musulmans de mieux s’intégrer.  Il n’y a pas de financement mais il y a la mise en œuvre de facilités pour l’acquisition des terrains par le biais de baux emphytéotiques par exemple, ou par des mises à disposition de locaux. Aujourd’hui, si on regarde en Alsace et tout particulièrement à Strasbourg et dans l’Eurométropole, on voit qu’il n’y a pas un quartier qui ne soit doté d’un lieu de culte.  On est sorti de « l’islam des caves », de « l’islam des appartements » et les musulmans peuvent désormais fréquenter des lieux dignes. Mais je tiens à souligner encore que le changement s’est aussi fait au niveau de la communauté, voyez comme la mentalité a changé, a évolué, comment elle a intégré les valeurs du pays. Reste que ce n’est pas toujours parfait mais il y a eu et il y a toujours des efforts considérables qu’il faut saluer.

Qui sont faits de part et d’autre ; c’est un chemin commun ?

Tout à fait.

Qu’est-ce que vous diriez à cette jeunesse qui se cherche dans son identité, dans son rapport à la religion musulmane, parfois avec beaucoup de naïveté, parfois avec de la violence. Qu’est-ce que vous auriez envie de lui dire aujourdhui ? Comment avez-vous envie de lui prendre (ou tendre) la main ?

Nous sommes parfois dans une certaine contradiction malgré les 2500 mosquées dont nous venons de parler car nous manquons tout de même de lieux de cultes. Je m’explique : durant les années 1980-1990, les pouvoirs publics ne se sont pas rendus compte du besoin des communautés en matière de locaux dignes pour pouvoir encadrer la pratique religieuse. Ce faisant, on a laissé à l’écart des lieux de culte une grande partie de la communauté musulmane, les jeunes tout particulièrement, ce qui fait qu’aujourd’hui ce sont Internet et les réseaux sociaux qui posent le cadre (un certain cadre) de l’Islam par la bouche de personnes malveillantes qui trouvent là des proies faciles.  On regarde les quelques ratés de l’encadrement car il y en a et il y en aura peut-être encore mais il faut aussi regarder toute la jeunesse qui a été sauvée par les lieux de culte. Je crois que lorsque les jeunes fréquentent les mosquées, ils s’immunisent contre ces dérives.  Si nous n’avions pas ces lieux, si nous n’avions pas ces imams qui s’impliquent dans la vie quotidienne des croyants, nous connaîtrions des conséquences plus dramatiques que celles que nous connaissons aujourd’hui. Il y a encore des efforts à faire, bien sûr, et c’est pour cela que la grande mosquée ne se contente pas d’œuvrer à l’intérieur de ses murs mais qu’elle s’active aussi à l’extérieur. Son but est de toucher cette partie de la communauté qui ne fréquente pas les lieux de culte. Nous allons à la rencontre de ces jeunes qui sont désintéressés ou bien qui ne sont pas convaincus par le fait de fréquenter une mosquée, ou pour qui la religion n’est pas la priorité, mais qui sont tout de même des proies faciles pour les réseaux malveillants. Malheureusement, nous n’avons pas assez de moyens pour toucher tout le monde et il est clair qu’aujourd’hui les réseaux sociaux font beaucoup de dégâts. Heureusement que nous avons une partie de nos imams qui sont jeunes, qui connaissent les réseaux sociaux et qui y sont également présents. Ils essayent de modifier la tendance et d’influencer cette jeunesse pour qu’elle puisse être préservée.

Nous allons terminer notre entretien par deux petites questions :

D’abord, pouvez-vous nous dire quelques mots sur le programme des festivités 

La mosquée ne célèbrera pas ce 10ème anniversaire entre musulmans. Elle va ouvrir ses portes à tous nos concitoyens et leur proposera de participer à ces festivités. Un village culturel prendra place pendant 10 jours sur l’esplanade de la mosquée. Tout le monde sera le bienvenu pour participer à des ateliers, des animations, des moments festifs, des moments ludiques pour les enfants.

Nous rendrons également un hommage aux anciens de la grande mosquée. N’oublions pas que nous allons célébrer deux évènements : le 10ème anniversaire de l’inauguration de la grande mosquée de Strasbourg et le 40ème anniversaire de la création de la première mosquée strasbourgeoise située Impasse de mai.  Ces deux évènements en un représentent le travail fourni par nos anciens, des gens simples pour qui un lieu de culte était important. Nous leur rendrons hommage ainsi qu’à ceux qui nous ont quitté.

Conférences, projections, expositions, etc. seront au programme pour jalonner ces dix jours.

Où trouver ce programme ?  Voir le site de Grande Mosquée www.mosquée-Strasbourg.com

Dernière question : quels sont vos vœux pour l’avenir ? Pour cette mosquée ?

Mon vœu est que notre mosquée continue de servir, qu’elle continue à être au service des gens, musulmans et non musulmans, qu’elle demeure un lieu où on se sent bien accueilli. Ensuite, notre patrimoine, c’est notre jeunesse : il s’agit donc de préparer le citoyen de demain, de préparer la relève en laissant à cette jeunesse l’occasion de s’impliquer d’avantage, pas seulement au travers du bénévolat mais également dans la prise de décision. C’est là mon espoir pour l’avenir : que cette jeunesse ne se renferme pas sur elle-même mais continue le chemin de l’ouverture, du dialogue et de l’échange parce que c’est notre garantie à tous d’avoir un monde de paix. Et je crois que, avec la présence d’un imam jeune et dynamique, c’est une chose qui est envisageable.

[1] Écouter le discours sur la vidéo : http://cibr.fr/nodeorder/term/1/inauguration-de-la-grande-mosquee-de-strasbourg-discours-du-rabbin-gutman

[2] Cultes catholique, protestant luthérien, protestant réformé et juif

Focus sur l’ouvrage « Kaddish pour un prof »

          

« Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers,

Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés… »

En lisant l’ouvrage de Laurence Jost-Lienhard, Kaddish pour un prof, il est difficile de ne pas penser à ce chant magnifique que Jean Ferrat écrivit aussi pour son père, déporté et mort à Auschwitz. Car, dans l’un de ces wagons plombés a été jeté un enseignant dont le nom a pu être rappelé à la mémoire commune par le remarquable travail d’une professeure et de ses élèves.

Et l’ouvrage Kaddish pour un prof est, sous ses airs de livre d’histoire rassemblant documents, photos et témoignages, un ouvrage profondément poignant.

Laurence Jost-Lienhard est une professeure d’histoire passionnée : passionnée par l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, par son métier, par le travail qu’elle mène avec ses élèves, par l’Alsace aussi et par ce monde juif d’hier qu’elle a appris à connaître depuis des années en posant questions et actes forts auprès de la communauté juive. Laurence Jost-Lienhard est professeure d’Histoire au lycée Adrien Zeller de Bouxwiller depuis 2003. Elle ne savait pas qu’il y avait eu des victimes de la Shoah au sein de son établissement. Ses élèves non plus, aucun élève d’aucune classe, ne le savaient.

Né d’un travail « titanesque », pour reprendre le terme du Grand Rabbin Harold Weill dans sa préface, cet ouvrage est le fruit de recherches entreprises suite à la découverte, dans les archives du lycée, d’un courrier du 16 juillet 1940 émanant des autorités nazies : document issu de la politique du Judenrein[1], celui-ci demandait à l’autorité allemande présente sur le territoire de Saverne d’effectuer « le recensement des personnels juifs et des « trop francophiles » » de ce qui était, à l’époque, le collège de garçons de Bouxwiller. Dans l’enveloppe qui contenait ce document se trouvaient non seulement la demande mais aussi la réponse et deux noms y retinrent particulièrement l’attention de la professeure : Maurice Bloch (BLOCH Moritz, Oberlehrer) et Max Gugenheim (Rabbiner und Religionslehrer). Curieuse de savoir ce qu’ils étaient devenus, Laurence Jost-Lienhard procéda à quelques recherches dans les archives du Mémorial de la Shoah où elle emmène régulièrement ses élèves.  Elle s’aperçut alors que Maurice Bloch avait été déporté à Auschwitz par le convoi 62 du 20 novembre 1943 et y était mort.

Pourquoi y avait-il des enseignants et des élèves juifs dans le collège de Bouxwiller ? Qui était ce rabbin Gugenheim ? Quelle était leur histoire commune ? Quelles furent leurs histoires personnelles ? Comment ces histoires-là s’écrivent-elles aujourd’hui au sein de la Grande Histoire ?

Durant deux années, les élèves de 1ère et de terminale L, puis un groupe de LRA (Langue Régionale d’Alsace) travaillera au dépouillement de centaines de documents issus des archives du lycée.  Allant de 1919 à 1940, ils couvrent le temps de présence de Maurice Bloch en tant qu’enseignant au collège de Bouxwiller. Mais ils vont aussi permettre de découvrir qu’il y eut des élèves qui furent concernés par la politique du Judenrein et dont certains connurent un destin tragique. Car, dans l’ouvrage Kaddish pour un prof, nous lisons aussi la vie d’autres personnes, familles, amis, élèves de la même classe, tous ayant vécu ou étant passés par Bouxwiller.  Des gens simples qui furent les victimes d’une idéologie abominable et dont, justement, la simplicité devient pour le lecteur un écho de vie reconnaissable tant elle nous est familière.

A ce travail s’ajouteront des recherches dans les registres d’Etat civil, des réponses aux appels à projets proposés par la Région Grand Est dans le cadre de voyages d’études à Auschwitz, des visites au Mémorial de la Shoah, tout un ensemble d’actions qui permettront d’apporter des éléments de connaissance, de réflexion et de compréhension. La découverte des photos de Maurice Bloch et des élèves assassinés sera naturellement le déclencheur le plus fort de l’intérêt que les jeunes porteront à ce projet. En effet, il sera dès lors plus aisé de rendre aux chiffres une part d’humanité en associant des visages, des attitudes et la spécificité d’une manière de s’habiller.  Et grâce à ce travail de fourmi, la vie d’un professeur « enseignant intelligent et bon, connaissant très bien les langues qu’il enseignait, le latin et le grec » se dessinera petit à petit.

En menant cette sorte « d’enquête policière » avec ses élèves, Laurence Jost-Lienhard leur a proposé également de prendre le temps de poser un regard sur « l’Autre », sur celui dont on estime qu’il est différent, celui que les lois rejettent, celui dont l’absence sera marquée à jamais par le sceau de l’incompréhension. Les dernières classes à avoir travaillé sur ce projet ont été les classes de STMG[2]. Toutes proportions gardées, leurs élèves se sentent parfois rejetés car ce sont des classes qui peuvent être mises en marge des filières générales. L’écho s’est donc fait tout seul et la professeure a trouvé là un certain terrain de compréhension de ce que les élèves juifs ont pu ressentir. Des questions ont été posées : « Que peut-on faire pour que cela ne recommence pas ? » dont celle sans réponse : « Comment des hommes peuvent-ils faire cela à d’autres hommes ? ». Ayant gagné en confiance, en solidarité et en humanité, ces élèves ont demandé, à la sortie de leur visite au Mémorial de la Shoah en décembre 2015, à aller au Bataclan tout juste théâtre d’un attentat. Ils ont souhaité partager un moment de silence, pour, peut-être, regarder en face l’horreur de notre temps. Les adolescents accompagnés par Laurence Jost-Lienhard ne sont pas forcément très expressifs mais ils peuvent s’exprimer par leurs actes et sait-on jamais, des graines plantées surgira peut-être plus d’humanité.

Maurice Bloch était un professeur de grec et de latin. Un humaniste dévoué à ses élèves. Lorsque nous demandons à Laurence Jost-Lienhard quelles relations elle a tissées avec lui, elle répond que « presque tous les jours elle passe devant son Stopelstein[3], que c’est un collègue évidemment mais aussi une sorte de grand-père, qu’il est devenu quelqu’un de très proche ». Dans les archives du lycée se trouvent les classeurs qui contiennent les dossiers de tous les professeurs avec les avis de notation. Les documents d’aujourd’hui sont les mêmes que ceux d’hier, le relai a été passé malgré tout. Lorsque les professeurs partent à la retraite, leurs dossiers sont versés aux Archives Départementales mais celui de Laurence Jost- Lienhard ne retrouvera pas celui de Maurice Bloch car son dossier est tout simplement absent de ces archives. Comme celui d’un autre professeur, Lucien Dreyfuss, sur l’histoire duquel une collègue de Marseille a travaillé avec ses élèves et qui fut déporté par le même convoi. Est-ce que les autorités de Vichy ont caché ces dossiers ? Les autorités allemandes ? Le mystère demeure à ce jour….

Le film documentaire Kaddish pour un prof, fruit du travail de plusieurs générations d’élèves et de leur professeur qui met en lumière le destin funeste de Maurice Bloch, a été présenté en novembre 2019 au lycée en présence du grand Rabbin du Bas-Rhin Harold Weill et de membres de la famille de Maurice Bloch.  

Le travail des élèves de 1ère STMG (devenue Terminale SMTG) et de leur professeur a été récompensé par le Prix de la Fondation Annie et Charles Corin en 2020. Il a également été récompensé en 2020 par le Prix d’éducation citoyenne décerné par les membres de l’Ordre national du mérite (section Bas-Rhin).

Dans le cadre de son investissement envers les lycéens du Grand Est autour du travail de mémoire et de la lutte contre l’antisémitisme, l’édition du livre Kaddish pour un prof  a été soutenue par la Région Grand Est. Un exemplaire en a été envoyé à tous les lycées du territoire.

Kaddish pour un prof est paru aux Editions Secrets de Pays, Collection Histoire et Mémoires

[1] Judenrein : Le néologisme « judenrein » (on dit aussi « judenfrei ») aurait été inventé en Autriche, en 1924, par un entraîneur qui se flattait d’avoir une équipe sans juif. Il signifie en effet : « sans juif ».

[2] Sciences et technologies du management et de la gestion

[3] Les Stolpersteine sont une création de l’artiste berlinois Gunter Demnig. Ce sont des pavés de béton de dix centimètres de côté enfoncés dans le sol. La face supérieure est recouverte d’une plaque en laiton qui honore la mémoire d’une victime du nazisme.

Passe-portes, un espace dédié aux couples Chrétiens-Musulmans

Passe-portes, un espace dédié aux couples chrétiens-musulmans

Ce mois-ci nous sommes allés à la rencontre des membres du groupe Passe-Portes. Le rendez-vous est donné à la Maison des Familles Nadi Chaabi avec des personnes catholiques, protestantes et musulmanes, dont la majorité est engagée dans ce travail autour des couples chrétiens-musulmans. Passe-portes n’est pas à ce jour une association mais un groupe qui rassemble depuis huit ans des personnes et couples concernées par les familles ou se mêlent musulmans et chrétiens. Soutenus par des responsables reconnus du dialogue interreligieux qui ont décidé de porter leur attention sur ce fait social non négligeable tant en terme de chiffres que d’évolution sociétale : le mariage (ou la vie commune) mixte. Issu du souhait de travailler ensemble de la Commission protestante de dialogue avec les musulmans et de la Commission diocésaine des relations avec les musulmans, le sujet à traiter est rapidement devenu une évidence : en effet, qui n’a jamais entendu parler des difficultés que les couples mixtes protestants-catholiques ont pu connaître du temps de nos parents, grands-parents ? Même si cela nous renvoie à quelques décennies en arrière, c’est bien par un travail commun protestant-catholique que les choses, petit à petit, ont pu évoluer et que le curseur a pu bouger. Partant de cette expérience, les couples mixtes chrétiens-musulmans pouvaient être au cœur de ce travail commun. « On se retrouve dans le même genre de situation, avec des couples qui ne trouvent pas facilement leur place, quand ce n’est pas un rejet, dans leur communauté. Et pas facile pour les communautés d’accueillir et d’accepter un couple qui a choisi de cheminer avec « les deux fois » sans conversion » souligne Danielle Mathieu-Baranoff, présidente de la Commission protestante. Notons que dès le départ, il ne s’est pas agi de travailler dans un entre-soi chrétien, mais bien d’y associer immédiatement des personnalités musulmanes. Il existe depuis longtemps des préparations au mariage dans les églises chrétiennes, mais pas encore en islam Pourtant, dans le cas des couples mixtes, se poser les questions sur la capacité de l’un à accepter et à respecter l’autre, semble essentiel, au vu de tout ce que la vie peut réserver de regards, d’attitudes et de demandes nouvelles.
« Que va penser ma famille de ce mariage ? Comment va-t-elle accepter cette personne que j’aime ? Que faire si elle ne l’accepte pas ? Comment me faire accepter dans cette nouvelle communauté ? Dois-je me convertir ? Dois-je abandonner ma foi ? » tant de questions peuvent se poser à celui ou celle qui souhaite unir sa vie à une personne qui ne partage pas les mêmes croyances religieuses. Puis avec l’apparition de l’enfant, viennent la question du prénom, de la circoncision -ou non-, de la communauté religieuse à laquelle il ou elle sera relié(e) ou de la liberté de choix qui sera sienne, etc. Puis des points de détail -semble-t-il – comme ce couple de grands-parents qui ne comprennent pas pourquoi, tout à coup, leur belle-fille ne souhaite plus que leurs petits-enfants leur rendent visite sous prétexte qu’il y a du vin sur la table du déjeuner, ce qui est le cas depuis des années d’ailleurs….« Du coup, bon nombre de couple brisent le lien qu’ils entretenaient avec leur propre religion afin d’éviter les problèmes. Mais est-ce la bonne solution, car les problèmes culturels demeurent et demandent aussi à être regardés avec acuité ».
C’est ici que peut intervenir le groupe Passe-Portes : en recevant les personnes en difficultés, en leur indiquant, si elles le souhaitent, le nom de prêtres, diacres, pasteurs ou imams avec qui elles pourront échanger librement, en leur proposant de rencontrer d’autres couples, d’écouter d’autres expériences. En exprimant leurs craintes, en posant les choses, les couples mais aussi les parents, grands-parents etc. trouvent là un espace de dialogue et d’écoute au sein duquel les dogmes, les choses figées n’ont pas leur place. « Dans une vie, rien n’est figé, des solutions naissent, s’inventent, surgissent » comme il est écrit sur la plaquette de Passe-portes. Le but est de conserver le lien avec les familles, de ne pas laisser les choses se déchirer, se détruire. Un père qui ne parle plus à son enfant, une grand-mère qui ne connait pas son petit enfant, les choses peuvent prendre des tours terribles, extrêmement douloureux. Il faut dédramatiser, remettre les choses dans leurs contextes, aller chercher des soutiens, des personnes habilitées à commenter les textes, s’ouvrir encore autrement. Pas toujours facile et d’autant moins facilité si les choses n’ont pas été évoquées dès le début de la vie commune. S’il est difficile d’évaluer le nombre de mariages chrétiens-musulmans, il est certain qu’il s’agit là d’un fait de société non négligeable : aux parents qui pourraient s’en émouvoir : « Vous nous avez élevé avec l’esprit ouvert et maintenant, vous êtes réticents à cette ouverture ! » s’exclament les jeunes pour qui « l’autre » n’est pas forcément exactement le même « autre » que pour les générations précédentes. Alors autant regarder le sujet en face ; cela se fait sans doute grâce à l’apparition de groupes comme celui incarné par Passe-portes mais aussi, sans doute, par la formation des ministres du culte, de quelques traditions religieuses dont ils soient issus. C’est là aussi un des projets de Passe-portes, que de sensibiliser ces derniers à cette thématique. La brochure Passe-Portes, téléchargeable sur le site a été travaillée et éditée en collaboration avec l’UEPAL*, la grande mosquée de Strasbourg, l’église catholique d’Alsace et et l’Église anglicane de Strasbourg. Autant dire que le dialogue interreligieux est ici une condition sine qua non de l’avenir de cette structure. Qu’il l’est aussi pour la construction de couples et de familles heureuses.

Le groupe Passe portes a construit un formidable calendrier Carême-Ramadan 2022 : vous le trouverez sur ce lien : http://calencaram.cheminsdefraternite.com/ et aussi via le site www.passportes.org

*Union des Eglises protestantes d’Alsace et de Lorraine

Newsletter « Au fil du dialogue interreligieux » avril 2022

Sommaire :

-Entretien avec Monseigneur Gilles Reithinger

-Retrouvez l’émission de radio spéciale « la laïcité, un truc de boomer? »

-Retrouvez le replay de la conversation entre Najat Vallaud-Belkacem et Richard Malka

-Parcours de montée en compétences « Religions démêlées » : « Et si vous m’expliquiez le bouddhisme ?  »

-Agenda des fêtes religieuses

Au fil du dialogue interreligieux

 

Vivre l’interculturalité par Gilles Reithinger, évêque-auxiliaire du Diocèse de Strasbourg

Nous vivons dans un monde où se côtoient de multiples cultures : origines, religions, cultures, manières de penser etc. dans nos familles et nos lieux de vie. Notre volonté étant de vivre l’Évangile en articulation avec celles et ceux que nous rencontrons au quotidien, cela ne peut se faire qu’en prenant en considération cet état de fait.

Puiser sa foi dans la pluralité des cultures

Considérant le Concile Œcuménique Vatican II comme un terrain commun, j’emprunte le concept de culture à la Constitution apostolique Gaudium et spes (53) :

Au sens large, le mot culture désigne tout ce par quoi l’homme affine et développe les multiples capacités de son esprit et de son corps ; s’efforce de soumettre l’univers par la connaissance et le travail ; humanise la vie sociale, aussi bien la vie familiale que l’ensemble de la vie civile, grâce au progrès des mœurs et des institutions ; traduit, communique et conserve enfin dans ses œuvres, au cours des temps, les grandes expériences spirituelles et les aspirations majeures de l’homme, afin qu’elles servent au progrès d’un grand nombre et même de tout le genre humain.

Il en résulte que la culture humaine comporte nécessairement un aspect historique et social et que le mot « culture » prend souvent un sens sociologique et même ethnologique. En ce sens, on parlera de la pluralité des cultures. Car des styles de vie divers et des échelles de valeurs différentes trouvent leur source dans la façon particulière que l’on a de se servir des choses, de travailler, de s’exprimer, de pratiquer sa religion, de se conduire, de légiférer, d’établir des institutions juridiques, d’enrichir les sciences et les arts et de cultiver le beau. Ainsi, à partir des usages hérités, se forme un patrimoine propre à chaque communauté humaine. De même, par là se constitue un milieu déterminé et historique dans lequel tout homme est inséré, quels que soient sa nation ou son siècle, et d’où il tire les valeurs qui lui permettront de promouvoir la civilisation.(1)

La culture est ainsi le fruit de l’exercice de la liberté humaine. Les êtres humains établissent librement les relations par lesquelles chercher et donner un sens à l’existence, à la vie de tous les jours, personnelle et sociale.

Les relations culturelles naissent du besoin humain de donner un sens partagé à la vie en commun (idéaux, valeurs, attitudes…), d’établir le mode de produire, de distribuer et de consommer les biens matériels nécessaires pour la vie (relations économiques), et de prendre des décisions sur le sort et le gouvernement de la société civile (relations politiques)(2). Les religions et spiritualités constituent une part importante du sens, des symboles et des significations données à la vie d’un groupe humain à travers la culture(3).

Étant historiques, les relations humaines sont dynamiques et muables. Par conséquent, la culture est à la fois personnelle et partagée. Chaque personne trouve sa propre identité dans la culture.

L’inculturation ou mieux comprendre la diversité culturelle

L’inculturation(4) comprend deux aspects complémentaires(5). Le premier, c’est le processus de s’inculturer dans sa propre culture, c’est-à-dire d’acquérir une conscience « critique » vis-à-vis de celle-ci afin d’établir des relations positives avec la diversité culturelle.

L’inculturation dans sa propre culture suppose que l’on connaisse et que l’on franchisse les barrières sociales et intergénérationnelles du groupe social auquel on appartient. C’est un processus à travers lequel on découvre la réalité dont on fait partie et on parvient à reconnaître ses richesses et ses limites.

Le deuxième aspect, c’est l’inculturation dans une autre culture. C’est comme si on déménageait dans une autre famille, dans laquelle on arrive avec ce qu’on est, et on apprend un autre univers de relations sociales à travers lesquelles on donne un sens à la vie, on organise la communauté, on produit et on répartit les biens nécessaires. C’est toujours un dialogue entre la culture de laquelle on provient et celle dans laquelle on arrive. Pour vivre cela, il n’est pas nécessaire d’aller à l’autre bout du monde.

Voyons dans cette même perspective le texte de l’épître de saint Paul aux Philippiens 2,6-8(6) Sans perdre sa nature divine, sa « culture », Jésus va parmi les hommes et s’identifie jusqu’à la mort avec la condition humaine. En effet, comme le rappelle le P. Arturo Sosa, supérieur général des jésuites, les Évangiles nous décrivent Jésus, que nous reconnaissons comme l’homme universel, inculturé dans une réalité humaine concrète, à partir de laquelle il faut apprendre à s’ouvrir à d’autres.

L’épisode de la rencontre avec la femme syro-phénicienne(7) nous montre un Jésus qui réagit spontanément en accord avec la culture dans laquelle il a grandi. En un deuxième temps, il sort pour aller à la rencontre des besoins de la femme et franchit les barrières de sa culture pour rencontrer l’humanité qui a besoin de salut. À partir de son expérience humaine, Jésus-Christ nous libère aussi des schémas culturels.

 L’Évangile de Jésus est à un tel point universel qu’il peut s’incarner dans toute culture et provoquer son humanisation. Autrement dit, pour être chrétien, il n’est pas nécessaire de se dépouiller de sa propre culture et adopter une culture chrétienne inexistante. Pour être chrétien, il faut s’ouvrir à la conversion que présuppose l’expérience de la miséricorde et du pardon, expérience qui mène à la réconciliation avec Dieu par la rencontre avec l’autre et avec sa propre réalité. Toute culture a besoin de cette expérience de pardon pour accroître son humanité.

L’interculturalité, un chemin vers l’universalité

Le Concile Vatican II a perçu très clairement les changements importants auxquels s’approchait l’humanité. Il a pressenti le processus que nous décrivons aujourd’hui comme passage de l’ère industrielle à l’ère de la connaissance. Les rapides avancées technologiques, l’accès à l’information, la mobilité humaine et la mondialisation sont des aspects emblématiques de ce changement d’époque. Nous vivons ce changement sous de nombreux aspects de la vie quotidienne, et peut-être sommes-nous moins conscients des nombreux changements, profonds et importants, qui se produisent dans les cultures et dans les relations intergénérationnelles(8).

La catholicité est la dimension qui nous permet de comprendre l’universalité du point de vue de l’expérience spirituelle du Dieu de Jésus de Nazareth. En effet, Jésus est né à la périphérie de l’Empire, dans une petite nation colonisée, et a fait activement partie de son peuple ; il a donné sa vie pour annoncer la libération, don de Dieu, à travers ses paroles et ses œuvres ; crucifié et ressuscité, il a envoyé ses disciples diffuser son message de salut parmi toutes les cultures. La communauté des disciples de Jésus — l’Église — a dû dépasser, non sans tensions, son horizon local pour aller au-delà de ses frontières culturelles et vivre la catholicité au sens d’universalité avec des racines locales.

La définition retenue lors du Congrès de l’Union des Supérieurs généraux, à Rome, en mai 2017, indique que le chemin de catholicité implique l’être humain capable de se sentir membre de l’humanité parce qu’il a acquis une conscience « critique » de sa propre culture (inculturation), capable de reconnaître avec joie celle des autres êtres humains (multiculturalité) et d’établir des relations avec les autres, en s’enrichissant de la variété dont fait partie sa propre culture (interculturalité). L’universalité vécue ainsi peut se transformer en promotion de la justice sociale, de la fraternité et de la paix.

L’interculturalité(9)serait donc le chemin pour accéder à la dynamique « rencontre et dialogue », car elle reconnaît que les différences culturelles sont la révélation du visage de l’humanité créée à l’image et ressemblance de Dieu, enrichie par l’échange de plus en plus profond entre elles. L’interculturalité n’est donc pas une fin en soi, mais le moyen par lequel nous créons les conditions pour vivre pleinement l’humanité. L’interculturalité contribue au respect de la dignité des personnes, des cultures et des peuples.

Le chemin continue

Le chemin de l’interculturalité offre de nouvelles opportunités à la mission de l’Église dans le monde actuel. Nous vivons dans des sociétés blessées, surtout à cause de la pauvreté et des conditions dans lesquelles vit la majorité de la population mondiale. Face à la crise du modèle de relations humaines créé jusqu’à maintenant, le pape François invite à ne pas cesser nos efforts d’inventer et de mettre en pratique un modèle alternatif, plus lié aux aspirations humaines que l’Évangile résume dans les dimensions du Royaume de Dieu : justice, paix et amour.

Chrétiens ayant reçu le don de la foi, nous croyons qu’un autre monde est possible parce que Jésus s’est incarné parmi nous, a donné sa vie sur la croix pour le pardon des péchés de tous et, ressuscité, il participe à la vie du Dieu qui nous a promis son royaume. Au service de cette foi, ancrés en elle, nous nous engageons dans le ministère de la réconciliation des êtres humains entre eux, des êtres humains avec la nature créée, et de tous avec Dieu. Ce sont là trois dimensions simultanées de l’appel du crucifié-ressuscité pour parvenir à la libération du genre humain(10).

Itinérance

La croissance des migrations dans le monde entier peut nous servir d’exemple. La mobilité a caractérisé l’humanité depuis ses origines. Nous assistons à l’heure actuelle à une croissance exponentielle de la mobilité humaine grâce au développement technologique et la tendance mondialisatrice de l’époque historique que nous vivons. Bien que la mobilité humaine librement choisie ait aussi augmenté au niveau mondial, la plupart des flux migratoires actuels sont forcés en raison des conditions de pauvreté, des violations des droits de l’homme, des guerres, des violences sociales et de la traite de personnes.

Ce qui enthousiasme et mène à l’interculturalité, c’est la dynamique de « la rencontre et du dialogue » partagée, discernée en commun, planifiée avec bon sens et évaluée avec réalisme.

La rencontre avec les autres requiert un processus de formation dialoguant dans maintes dimensions au même temps : le contexte, les cultures, l’histoire, les processus personnels, la préparation intellectuelle… Ce n’est qu’avec l’aide de la grâce de Celui qui nous invite à cette vie qu’il est possible de s’ouvrir à l’expérience de l’interculturalité comme dimension de notre vie chrétienne.

Le Christ, en effet, a envoyé ses disciples « sans rien pour la route » (Lc 9, 2) afin qu’ils ne soient pas trop encombrés pour rencontrer tout simplement des visages et des vies concrètes d’hommes et de femmes en entrant dans leur maison — c’est-à-dire dans l’intimité de leur cœur — et en leur communiquant la lumière de celui en qui ils trouveront le repos(11).

C’est ainsi qu’un tel ressourcement dans notre esprit commun conduira chacun à discerner son chemin propre dans les circonstances des communautés locales que nous voulons servir avec toujours plus de zèle. Ceci sera sûrement source d’un véritable renouvellement. Nous avons aussi remarqué que le « discernement évangélique »(12) est la méthode que le pape François nous a assignée, au début de son pontificat, dans son exhortation apostolique Evangelii gaudium où il a désiré « indiquer des voies pour la marche de l’Église dans les prochaines années »(13) en précisant que le seul critère pour que ce discernement soit effectif et sans faux-fuyants est d’aller ad extra(14).

Tout le reste est l’incarnation des multiples appels de l’Esprit dans la réalité particulière d’un lieu qu’il faut prendre en charge pour lui donner une réponse pleinement évangélique. Et une fois que nous savons regarder cette réalité remplis par « l’amour du Christ qui nous presse » (2 Co 5, 14), nous pouvons discerner sans cesse des appels pour lesquels nous prions le Seigneur d’envoyer de nouvelles personnes à sa moisson (Mt 9, 38).

(1)Gaudium et Spes, 53

(2)Affirmer le caractère relationnel de la culture, ainsi que reconnaître l’égalité entre les cultures ne veut pas dire proposer le relativisme.

(3)Cf. STANISLAUS, L. – UEFFING, M. (eds.), Interculturalidad, Estella (España), Ed. Verbo Divino, 2017, pp. 18-22, synthèse des éléments de la culture.

(4)L’inculturation est un concept qui dépasse celui de déculturation (abandon douloureux de sa propre culture) et d’acculturation (acquisition passive ou involontaire d’une autre culture). Cf. MELLA, Pablo, ¿Qué significa formar interculturalmente a un jesuita en América Latina? Mimeo, Centro Bonó, República Dominicana, 2016

(5) P. Arturo Sosa s.j., intervention à l’USG mai 2017

(6)Lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes ;  et ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix. 

(7)Mc 7,24-30.

(8)P. Arturo Sosa s.j., ibid.

(10) P. Arturo Sosa, s.j., ibid.

(11)Saint Augustin, Confessions, I, 1, 1.

(12) François, Evangelii Gaudium 50.

(13)François, Evangelii Gaudium 1.

(14)Cf François, Evangelii Gaudium 20 : « Dans la Parole de Dieu apparaît constamment ce dynamisme de “la sortie” que Dieu veut provoquer chez les croyants. […]nous sommes tous invités à accepter cet appel : sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile. »

 

Entretien avec Gilles Reithinger, évêque auxiliaire du Diocèse de Strasbourg

Monseigneur, nous souhaiterions revenir sur votre expérience dans le cadre des Missions étrangères de Paris, expérience qui vous a porté à beaucoup voyager, à rencontrer d’autres cultures, d’autres traditions religieuses et à apprendre d’autres langues.

Tout d’abord, pouvez-vous nous décrire ce qu’est un « père missionnaire » et si cela a été une vocation pour vous de le devenir ?

Pour répondre d’abord à votre seconde question, oui, cela s’est imposé à moi dès mon entrée au séminaire. Je m’en étais ouvert à Monseigneur Brand qui était alors archevêque de Strasbourg et je lui avais confié que je ressentais cet appel à devenir prêtre et que je souhaitais aller au-delà de nos frontières. Et c’est finalement ce qui s’est fait.

En second lieu, il est important de poser la chose : quand on ressent cet appel à partir au loin, il y a deux attitudes possibles qui peuvent être illustrées par la différence qui existe entre le touriste et le voyageur : le touriste pense déjà à son retour lorsqu’il est à l’aéroport, le voyageur, lui, ne sait même pas quand il va revenir.

Être ce que l’on appelle un père missionnaire, c’est donc aujourd’hui être envoyé d’un endroit vers un autre pour un itinéraire, une itinérance, un voyage dont on ne connaît pas vraiment la durée mais dont le but est tout d’abord d’aller à la rencontre de l’autre. Dans mon cas, ce fut à Madagascar puis à Singapour et dans le monde chinois. Toutefois, être père missionnaire ne consiste pas à emporter avec soi sa culture dans le but de l’exporter en Orient. Il s’agit avant tout d’assumer d’être qui l’on est, c’est-à-dire d’emporter avec soi tout son bagage existentiel, non pas dans le but de l’imposer aux autres, mais dans celui d’être solide et d’aller à la rencontre de l’autre pourvu de cette solidité. On ne deviendra jamais asiatique, ou africain par exemple. Il est donc important de rester ce que l’on est et d’être doté d’une réelle colonne vertébrale.

Depuis le XVIIème siècle, au sein des Missions étrangères, c’est la même « méthode », si je puis dire : en arrivant, dans un premier temps, on ne dit rien, on ne fait rien mais on est dans cet état de contemplation active qui ouvre à l’apprentissage de la langue, de la culture, à la rencontre des ethnies qui constituent un pays et aux religions qui s’y trouvent. Et progressivement, pendant plusieurs années, on essaye de comprendre ce peuple qui nous accueille et d’en faire partie. Pour entrer dans ce dialogue, il est nécessaire d’avoir cette attitude contemplative, fondée sur la curiosité, sur la découverte et qui s’appuie sur un travail sérieux d’apprentissage. Il est donc impératif de labourer le terrain, de rencontrer les gens et de pouvoir échanger dans leurs langues, d’aller visiter des temples, des lieux de culte, des lieux sacrés, de découvrir aussi comment la communauté chrétienne s’est installée et s’est forgée, de façon à ne pas plaquer un regard occidental sur une réalité orientale.

Le but des Missions étrangères n’est pas d’étendre l’Europe à l’étranger, mais bien de se poser en tant que partenaire et de vivre un partenariat local en mettant nos compétences, notre foi, toutes nos dispositions intérieures et toutes nos capacités au service d’un pays et d’un peuple. Nous partons pour être témoins, nous avons une attitude de curiosité saine, une attitude de voyageur, celle de l’explorateur, du découvreur. Attitude qui, à mon sens, se place d’ailleurs totalement dans la tradition et la longue histoire de la Région Grand Est, et particulièrement de l’Alsace : savez-vous qu’au XIXème siècle, des milliers de missionnaires sont partis – issus aussi d’autres Églises-  dont plus d’un quart dans le monde étaient alsaciens ? Cet enthousiasme et cet appel à aller au loin est probablement dû à la particularité de l’Alsace d’être un lieu de passage, une terre de rencontre entre les peuples. La condition de « frontalier » nous rend ouvert à l’autre…

Aujourd’hui, des personnes partent pour des missions humanitaires, des médecins, des infirmiers, des vétérinaires, des électriciens, etc. Ils se placent aussi dans la grande histoire de ceux qui partaient au loin il y a des siècles, qui souhaitaient ouvrir leurs horizons et grands leurs cœurs pour aller à la rencontre de l’autre. Et puis, pour ce qui me concerne, quand je voyage, j’aime à me dire, « Je vais voir à quoi Dieu ressemble à l’étranger » !

Concrètement, que se passe-t-il sur place ? Vous arrivez dans un pays, quelles sont les actions concrètes qui sont portées par l’Église sur ces territoires ?

Concrètement, nous sommes aujourd’hui à un moment unique et qui est, à mes yeux, une bonne nouvelle, une nouvelle étape dans l’histoire de la Mission. Pour revenir un peu en arrière, les Missions à l’étranger étaient dirigées, avant le XVIIème siècle par les rois d’Espagne et du Portugal qui envoyaient leurs flottes sur les océans avec des missionnaires. C’est ce que l’on appelait les Padroado(1). A partir du XVIIème siècle, précisément, il y a 400 ans, à un jour près, c’est-à-dire le 6 janvier 1622 (notre entretien a lieu le 7 janvier 2022) à Rome, a eu lieu la création de ce qu’on appelle le dicastère Propaganda fide, en fait, la Congrégation pour l’évangélisation des peuples née de l’intuition du pape Grégoire XV. A partir de cette date, l’envoi de missionnaires était indépendant des pouvoirs temporels ; c’est le début de l’indépendance des missions et de la création des communautés chrétiennes locales. Pour cela, il était demandé d’aller à la rencontre de l’autre et d’apprendre la langue locale de façon à être en capacité de traduire les Évangiles dans cette langue. Ainsi, il était plus aisé d’en témoigner et de les proposer aux peuples des contrées où les missionnaires étaient envoyés.  Vous voyez, nous n’avons rien inventé qui soit récent !

Cela nous conduit vers une grande période qui va, pratiquement, du XVIIème siècle jusqu’à Vatican II. A ce moment-là, sont envoyées beaucoup de congrégations missionnaires, ce sont les grands départs que nous avons évoqués et dans lesquels les Alsaciens étaient si nombreux. Les témoignages qui sont à notre disposition décrivent à quel point ces personnes étaient immergées au cœur du peuple au sein duquel elles vivaient. Celles qui ont dû revenir en Europe à la fin de leur vie vivaient d’ailleurs un véritable traumatisme ; elles étaient comme un poisson d’eau de mer qu’on ramenait en eau douce.

Aujourd’hui, après 2000 ans et pour la première fois, ce que l’on appelle les Églises de mission d’Afrique, d’Asie, d’Amérique du Sud et d’Océanie ne sont plus les extensions de l’Europe mais sont réellement des Églises locales, des communautés chrétiennes locales avec chacune des laïcs locaux, des évêques, des prêtres, des diacres qui sont toutes et tous des actrices et des acteurs locaux.  Elles ne sont plus dirigées ou commanditées depuis l’Occident tout en demeurant évidemment en communion avec Rome qui forme l’Église universelle. C’est un nouveau stade de maturité de notre Eglise et, à mes yeux, c’est une bonne nouvelle, une bonne chose.

Comment s’est passé votre rencontre avec des traditions religieuses différentes ? Avec le bouddhisme, l’hindouisme, l’islam ?

J’ai toujours été émerveillé de pouvoir découvrir des pays, de rencontrer des civilisations, des peuples qui vivent depuis des millénaires des traditions religieuses et dont certains se trouvent dans des territoires très reculés.

Si je prends pour exemple Singapour qui est un monde en miniature où toutes les grandes religions sont présentes, il y est indispensable de vivre en articulation les uns avec les autres car il n’est pas envisageable, sur un territoire comme cela, de faire autrement. La législation locale oblige également à avoir une approche positive de la rencontre interreligieuse, en amenant chaque religion à montrer ce qu’elle a de meilleur et non pas à critiquer et à pointer du doigt les autres. L’enjeu de ce dialogue, de cette vie commune, est de montrer ce qu’il y a de beau à vivre dans sa religion.

Et ça marche ?

Oui, ça marche ! Il est vrai que le bouddhisme nous rappelle le sens de la méditation et de la profondeur, l’islam la grandeur de Dieu, et d’autres religions, l’attention à la création.  Je pense, par exemple, au taoïsme ou au shintoïsme qui parlent de l’ordonnancement dans la création, de la place des végétaux et des animaux et comment nous faisons tous partie de la Création.

Et c’est ce que nous pouvons faire ici : ne pas voir un obstacle en rencontrant l’autre. Il ne s’agit évidemment pas d’être naïf à l’égard de personnes – et cela peut arriver chez nous aussi – qui ont des valeurs contraires aux valeurs de la République ou opposées à notre projet de vie commun. Rencontrons les autres différents, qu’ils soient croyants ou non-croyants et essayons d’entrer dans ce dialogue car il a la vertu de nous faire remettre en question, de nous permettre de découvrir une autre facette de nous-même et de nous inviter à approfondir tel ou tel aspect de notre foi ou de notre personne ! J’évoquais la méditation, la prière, l’attention à la Création, à notre monde, à ce que le Pape François appelle « la Maison commune ». Être en dialogue, c’est aussi avoir conscience que l’autre et soi-même, nous sommes des éléments de cette « Maison commune », et que nous pouvons ressentir chacun à sa manière, la grandeur de Dieu, de ce qui nous dépasse…

En tant qu’évêque, comment souhaitez-vous vous impliquer dans le dialogue interreligieux ou comment vous y impliquez-vous déjà sur le territoire alsacien ?

Très concrètement, j’applique ce que j’ai vécu à l’étranger. Bien que je sois mulhousien et que je revienne chez moi, j’ai été absent pendant plus de vingt-cinq ans et en un quart de siècle, les choses ont beaucoup changé. Je suis dans cette phase où je laboure le terrain : je vais à la rencontre des gens, je découvre, je lis, j’écoute, je regarde des reportages et je redécouvre ma si belle région que ce soit du point de vue du tissu humain, des cultures locales que l’on trouve en Alsace et dans le Grand Est mais aussi du point de vue politique, économique, religieux et pluri-religieux. Je m’intéresse aussi à des personnes de tous âges, je vais à la rencontre des adultes mais aussi des plus jeunes. Il m’arrive de me rendre dans des lycées ou des collèges afin d’écouter ce que les plus jeunes ont à nous dire. Je n’arrive pas avec une recette toute faite : je suis vraiment dans la phase qui est l’attitude missionnaire, qui est d’être à l’écoute, dans la contemplation et dans ce qui est dit dans la Bible « de demeurer au milieu de son peuple ». Donc, je demeure là, en Alsace, j’écoute, je porte tout cela dans mes prières, je contemple.

Quel est le fuit de vos premiers regards ?

Je suis vraiment émerveillé par le dynamisme de notre région. Je vois un tissu associatif qui est absolument gigantesque et très dynamique. Je vois aussi de jeunes entrepreneurs, des startups qui se créent un peu partout. Je vois aussi le souci de l’écologie, des circuits courts, des projets locaux, le souci de notre manière d’être et de la qualité de vie, l’attention à la nature, toutes choses qui rejoignent « Laudato Si » l’encyclique du pape François. J’observe également que les religions présentes montrent un réel dynamisme.

Je suis chargé de mener au sein du Diocèse la réflexion synodale(2) à laquelle le Pape François nous a appelé. Et justement, il s’agit pour moi d’être à l’écoute de toutes les réalités qui forment cette région et de voir comment l’Église catholique peut apporter sa pierre à l’édifice et participer à la vie et à la vitalité de notre territoire.

Finalement, vous êtes un acteur de terrain ?

Oui ! Je ne suis pas un évêque de bureau ! J’ai tout de suite dit qu’il ne fallait pas me chercher dans mon bureau car c’est un lieu où je ne serai pas souvent ! Par ailleurs, un autre volet m’a été confié qui me fait aussi beaucoup voyager en Alsace : la présidence de la Fédération de Charité-Caritas Alsace, rôle qui m’amène à me déplacer beaucoup y compris dans le Grand Est avec le réseau Secours Catholique- Caritas.

Vous savez, par la charité et la solidarité, qui ne sont pas condescendance, nous avons vocation à avancer main dans la main avec toutes les personnes qui sont en situation de précarité. Là, nous sommes aussi dans l’interreligieux car nous pouvons rencontrer des Catholiques, des Protestants, des Musulmans, des Bouddhistes…. Et nous voyons alors que la charité, c’est-à-dire l’amour, nous unit.

 

(1) Padroado (mot portugais pour Patronage) était un arrangement complexe de droits et obligations concédés, ou formellement imposés, par les papes aux souverains et royaumes du Portugal et d’Espagne (le Patronato) pour promouvoir et coordonner l’évangélisation des territoires nouvellement découverts et colonisés. (Source Wikipédia)

(2) Synode de la synodalité : « L’Église de Dieu est convoquée en Synode : un temps d’écoute, de dialogue et de discernement que l’Église tout entière entend mener au cours des deux prochaines années afin de mieux répondre à sa mission d’annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ au monde entier. C’est un évènement important de l’Église locale et universelle, un évènement qui concerne tous les chrétiens fidèles laïcs, clercs et personnes consacrées ».(source Eglise catholique en France)

 

 

Newsletter « Au fil du dialogue interreligieux » février 2022

Newsletter de la Région Grand Est consacrée au dialogue interreligieux

Sommaire :

-Émission de radio spéciale du Conseil Régional des Jeunes

-3ème Forum des religions

  • Focus sur la séquence : « Religion en prison, le rôle-clef des aumôneries »
  • Focus sur la conversation avec Richard Malka et Abd Al Malik

-Parcours de montée en compétence sur le fait religieux « Religions démêlées »

-Agenda des fêtes religieuses

Au fil du dialogue interreligieux

Calendrier interreligieux de Mulhouse

Pour la 18ème année consécutive, les représentants des différentes communautés spirituelles présentes à Mulhouse ont travaillé de concert pour élaborer ce calendrier interreligieux.

 » A Mulhouse, la diversité des croyances et la liberté des pratiques sont des valeurs fortes et toujours réaffirmées. Bien plus qu’un beau symbole de dialogue et de travail interreligieux, ce calendrier est un outil très concret permettant de connaître les croyances, les fêtes et les traditions de chacun » soulignent Michèle Lutz, Maire de Mulhouse et Paul Quin, Adjoint au Maire, délégué aux Cultes.

Portant sur la famille, et permettant à chaque tradition religieuse de la définir en fonction des symboliques et du périmètre qui lui sont propres, ce calendrier se veut aussi être un outil pédagogique à la disposition des grands et des moins grands, pour mieux connaître l’Autre et vivre avec lui sereinement.

Le calendrier est à votre disposition à la mairie de Mulhouse, 2, rue Pierre et Marie Curie . Il est également téléchargeable sur :

Calendrier-Mulhouse

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